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A TOPOGRAPHIES DU SITE
Il n’y a pas une dalle de la Défense, mais des dalles; une
multitude de plateaux dont l’imbrication défie toute tentative de
cartographie, tout essai de compréhension dans sa totalité. Seule la
pratique physique de cet espace permet de l’appréhender, de doucement
construire ses propres chemins, de s’approprier de nouveaux espaces.
Les espaces publics de la Défense représentent une surface
discontinue de sols, d’emmarchements, de passerelles. Malgré la position du
grand Axe historique de Paris qui traverse la dalle en son milieu, quelques
mètres suffisent pour se perdre, pour déambuler dans une séquence
d’escaliers, de passerelles ou très vite s’enfonce le piéton. Les distances
à parcourir à pied sont longues à la Défense ; les piétons évitent les
marches pour préférer les pentes. A l’inverse d’une grande esplanade, la
dalle de la Défense est globalement hiérarchisée, libre et ouverte et
localement non-hiérarchisée, non spécifique, non identitaire.
La différence verticale de sol
entre la dalle et le boulevard se lit de manière encore plus prononcée aux
limites de la dalle, là ou la différence entre celle-ci et le niveau du
boulevard est la plus grande. Cruellement lisible, c’est en fait une
muraille que les quartiers alentours ont vu s’édifier devant elle, renforcée
par le creusement du sol au niveau du boulevard périphérique, qui affirme
encore son insularité.
Nous
devons repenser la Défense en dehors d’elle-même, dans sa continuité urbaine
avec les villes autour d’elle, plutôt que dans son insularité et sa
connection à un réseau de transport national.
Le sol de la dalle, sa spécificité (piétonnière) et sa
conséquence (insularité) doivent maintenant se diluer, non pas par simple
floutage de ces limites, mais plutôt en instaurant une dialectique
continu/discontinu propre à générer des continuités nouvelles et des
coupures de l’espace public significatives.
De manière surprenante, les variations topographiques du sol
naturel à Courbevoie sont aussi présentes que celles de la dalle de la
Défense mais sont plus visibles. Il existe déjà sur le site des systèmes
« d’agrafes topographiques» qui permettent de relier par un mail planté deux
niveaux différents le Parc de Courbevoie.
Une étude des sols montre que la très grande différence de
hauteur (entre 10 et 13m) entre Le boulevard circulaire et les places des
Reflets et des Corolles, ne permet pas de créer une descente progressive de
la dalle par paliers de manière systématique. Ainsi, une pente de 4% en
moyenne nécessiterait de trop longs parcours et une emprise au sol bien trop
importante pour être envisageable.
En conséquence, nous avons recherché sur une efficacité
maximum des transitions entre ces deux élévations. Ceci se traduit par
l’émergence d’agrafes urbaines, c'est-à-dire des surfaces continues
matérialisées par un revêtement en pierre naturelle (tel que le granite
résistant aux variations climatiques et aux usages intenses) qui traversent
l’ensemble du site de la Défense 2 dans une direction sud-ouest/nord-est.
Ces
surfaces piétonnes servent de repères et de ryhtmes et s’étirent
depuis l’Axe jusqu’à Courbevoie,
quelque soit le niveau altimétrique du site.
Le même matériau est utilisé sur la
dalle, les escaliers et traversent le boulevard circulaire pour aller au-delà.
Ces
surfaces sont à la fois des passages piétonniers, des mailles plantées, et
des balisages lumineux. Elles tendent à donner aux escaliers la plus grande
lisibilité possible depuis les places basses et hautes et le boulevard
circulaire.
Nous
avons identifié 9 continuités ou « agrafes » de largeur variable en fonction
de leurs relations avec les tours existantes ou à venir.
LES
STRATEGIES DE « RECOLLEMENT »
1.
Le sol artificiel
et le sol naturel doivent être pensés dans la continuité de l’un de l’autre,
c'est-à-dire, qu’il faut « tisser » entre eux de nouveaux chemins, de
nouveaux programmes, et de nouveaux paysages.
2.
Nous proposons une
dépression locale au niveau de la limite extérieure de la dalle et une
augmentation progressive des niveaux topographiques à partir de Courbevoie
pour « accrocher » les deux sites. Ceci entraîne un maillage latéral des
circulations sur la dalle et Courbevoie.
3.
Le mode de
positionnement des tours en quinconce est plus intéressant pour frayer des
chemins piétons que la position en alignement.
4.
Il nous semble
indispensable d’éviter toutes les passerelles entre la Défense et les
quartiers alentours. Ceci ne fait que renforcer l’idée d’insularité du
quartier d’affaires. Sur un moyen à long terme, la revalorisation du
boulevard circulaire en tant qu’espace publique de qualité catalysera
forcément un redéploiement des halls d’entrée des tours existantes sur ce
boulevard. La Défense sera une ville verticale à forte porosité horizontale.
B STRUCTURES URBAINES
1- Places Hautes
Aujourd’hui,
la dalle est conçue autour de « places » aux limites relativement floues,
aux usages incertains avec des qualités de sol très similaires. Ceci ne
permet pas une identification et appropriation des lieux : ce sont plutôt
des « anti-places » dont seul le nom (Iris, Corolles, Reflets) leur donne le
caractère place. Elles manquent de centralité et de cadrage : elles ne sont
pas centrées sur une sculpture ou un événement (place de la Concorde, place
de la République) et ne sont pas définies par un cadre bâti (place des
Vosges, Plaza Real à Barcelone). et n’ont pas d’identités propres ( place de
la Contrescarpe).
Actuellement, les sculptures et les œuvres d’art publiques ne
caractérisent pas des espaces, ils les jalonnent, ce sont des points sur un
parcours, des éléments en tangence avec le parcours des piétons (à part la
fontaine Takis ou la fontaine Agam).
Il nous faut donc introduire un système de places qui permet
de véritablement séquencer les circulations et ceci ne peut se faire
simplement par le traitement du sol, ou le fait de rendre accessible un
espace ouvert. Il faut véritablement opérer une transformation de l’îlot de
Courbevoie aux îlots de bâtiments de la dalle de la Défense, et
progressivement diminuer la surface de dalle, afin d’intensifier les
circulations, augmenter la qualité de ces zones.
D’autre part, le nom des places, des terrasses, des parkings
ne référent à aucun passé, aucun évènement ou personne. Nous proposons
d’opérer une archéologie rétroactive de ces lieux pour leur donner une
cohérence plus grande. (Par exemple, la matérialisation d’iris sur la place
des Iris au printemps, …)
Nous ne souhaitons pas ici développer un modèle unique et
figé de places urbaines. Nous sommes plus intéressés par qualifier les
lieux de manière spécifique et adapté à chacun de leur échelle.
2-
Traitement du sol
En opposition avec les conditions existantes du site, où une
profusion de matériaux de nature et de mise en œuvre différente a été
installée sur le site, nous proposons une palette limitée de matériaux, tel
que des dalles de bois, des bandes de pierre naturelle en deux tons ( blanc
et beige ) et de dalles béton teintées dans la masse.
Ces matériaux seront mis en œuvre sur une trame et un
calepinage continu sur tout le site et incluant les espaces publics du
boulevard circulaire. Le but de cette stratégie est de donner une grande
cohérence à l’ensemble des espaces publics, en dépit de l’impossibilité de
constituer leur limite. Le passage d’un matériau à l’autre permettra de
souligner les limites des places urbaines, les agrafes urbaines, les zones
résidentielles plus privés.
3- Places Basses
Il est indispensable de proposer un traitement continu des
places basses au niveau du boulevard circulaire.
Nous proposons de mettre à niveau toutes les zones de part et
d’autre du boulevard circulaire initialisé par l’EPAD. Notre étude montre
que l’alignement de ces surfaces à la même altitude, soit par création de
nouvelles dalles, soit par la couverture des accès au parking représente un
potentiel énorme. Il s’agit bien de transformer le boulevard en véritable
espace, notamment dans la création de places basses ouvertes qui permettent
de créer un vrai appel et un porosité du coté de la Défense (notamment au
niveau des tours Dexia et D2).
Nous proposons d’appeler ces nouvelles places basses des
Quais (des Iris, des Reflets, des Corolles….). Ce sont quais (d’accès, de
déchargement des personnes à la Défense 2) tel que le Quai Voltaire, le Quai
de la Rapée et fonctionneront parfaitement avec les typologies existantes de
places, terrasses, …
D’autre part, ces nouveaux quais permettent une dilatation
ponctuelle de la largeur du boulevard. Ceci permettrait de compenser les
zones où le boulevard circulaire est en dessous de la largeur requise par le
plan d’urbanisme de 40 mètres, (par exemple la largeur du boulevard au
niveau de la tour Générali est inférieure à 30 mètres).
Cette dilatation ponctuelle offre la possibilité de création
d’activités commerciales et de loisirs (Cinéma, théâtres, restaurants) sur
le boulevard circulaire.
La comparaison avec les grands boulevards parisiens est
intéressante à ce sujet. Leur échelle est similaire, et l’activité routière
est aussi dense voire supérieur. Ceci n’empêche en rien le développement
d’une vie publique et d’une activité piétonne dense en journée et en soirée.
Les places basses sont balisées par des mats de lumière dont
l’altitude NF sera constante ; c’est un dispositif propre à donner aux
espaces une cohérence où les grandes variations d’altitudes sont
difficilement lisible (voir description AVP Eclairage)
C CIRCULATIONS
1-
Analyse
La Défense est avant tout le royaume du piéton, un espace ou
les flux ne se croisent plus, ils sont isolés, pire, verticalement
stratifiés, et leur lien ne s’effectue que par des circulations verticales,
qui traversent ces couches, mais ne permet pas de les appréhender. Peut-on
réarticuler ces différents flux, les rendre plus compréhensibles et
intégrés ?
La Défense était une utopie qui a fonctionné à l’inverse de
la plupart des dalles en milieux urbains, aujourd’hui il faut lui donner
réellement de la qualité, renforcer son une identité.
Paradoxalement, les chemins les plus utilisés ne sont pas les
plus courts, mais plutôt les plus plats, tel que le montre le chemin le plus
utilisé sur le site à la sortie du métro.
La vaste surface des espaces piétons participe à la
difficulté d’orienter le visiteur sur le site, de lui donner des directions
de circulation et de déplacement. Ceci est aussi le cas sur l’axe principal
de la dalle qui offre un repère visuel certain mais ne permet pas,
paradoxalement d’orienter le déplacement des piétons sur la dalle.
Après une longue réflexion sur la manière de franchir la
différence de niveau entre le boulevard périphérique et la dalle de la
Défense, il nous apparaît que la création d’ascenseurs extrêmement localisé
et surtout visibles, à partir des places hautes et des places basses, et
avec une relation constante avec ces places, est la meilleure solution pour
les personnes à mobilité réduite de se déplacer.Nous avons développé une
approche qui permet la cohabitation de ces flux tels que : Piétons, Vélos,
Véhicule, Boulevard d’accès, Circulations techniques et accès parking.
2-
La place d’Alsace
La création du nouveau parking pour la tour Générali et ces
rampes d’accés au niveau du boulevard circulaire sont un frein au
développement des espaces piétons en direction de la Seine. Avec l’objectif
de développer un anneau piétonnier tout autour de la Défense, nous pensons
indispensable de développer un dispositif de franchissement de ces rampes
d’accès. Nous proposons pour remédier à ce problème la création d’une butte
paysagère sur la place d’Alsace qui permettra de créer une continuité de
circulation piétonne jusqu'à Puteaux. Cette butte élèvera progressivement le
niveau du sol pour libérer une hauteur de 4,50 m sous les rampes d’accès au
parking et reliera le niveau du boulevard à celui de la sortie du Métro
Esplanade. Cette butte sera largement végétalisée pour lui donner un aspect
quasi-naturel.
La place sera réaménagée de manière à offrir :
-
Un réalignement
des voies visant à maximiser le terre-plein central de ce carrefour.
-
Une réelle surface
de place urbaine de forme triangulaire en son centre, avec l’implantation de
mobilier urbain (bancs, mat d’éclairage)
-
Un comblement et
un traitement paysager de la partie avant des parcelles contiguës à cette
place.
-
Un traitement
uniforme en pierre des trottoirs, de la place et des rues (traitement de
type Place Vendôme, ralentissement des voitures par changement de matériaux
de sol de la route)
D PROGRAMME
La dalle de la Défense est un lieu unique desservi par l’un des plus grands
réseaux de transport européen, mais elle conserve des espaces
dépersonnalisés. On vient rarement là pour flâner en dehors des heures de
bureaux, et la création d’une foule d’évènements et d’activités à la Défense
n’ont que partiellement inversé ces flux.
Notre analyse des activités et programme sur le site nous
révèle les éléments suivants :
1-
Les commerces
actifs sont localisés sur les zones de passage, les zones de transition
entre des espaces de la dalle. Ils participent rarement à définir un espace
ou à donner de la qualité aux espaces publics, à les structurer. Ces
activités sont placées sur des lignes de flux mais ne génèrent pas de
nouveaux flux.
2-
Les commerces ne
fonctionnent pas en dehors des heures de bureaux. Les espaces publics de La
Défense sont délaissés dans la soirée due au manque d’activités. Peut-on
imaginer des stratégies pour que les habitants du site se réapproprient cet
espace dans la soirée ? Il nous faut inventer la Défense By Night, clubs et
lounges en haut des tours, (exemples de rues à vie nocturne comme rue
Mouffetard, ou rue Montorgeuil), des espaces à l’intérieur des tours
pourraient être réinvestit pour un accès public. D’autres quartiers
d’affaires, tels que la City à Londres, ou Wall Street à New York drainent
une activité commerciale (bars et restaurant) en soirée trépidante.
3-
Le centre
commercial des Quatres Temps est une locomotive dans une zone diamétralement
opposée à la Défense 2. C’est un centre commercial dessiné dans les années
80 de type complètement introverti. Le site de la Défense 2, en stimulant
les conditions actuelles peut être un modèle alternatif de « places
commerçantes » qui ne sont pas de simples répliquas de la ville
traditionnelle mais plutôt une forme composite d’espace urbain assemblant
zone paysagère et zone commerçante. Il manque probablement à la Défense des
endroits où se perdre, un grand parc, un espace naturel qui viendrait
temporairement effacer la vue des « grilles » de cet espace, le calepinage
des murs rideaux, la grille des dalles de sol, la trame étages, la grille
des places de parking.
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